Le masque en tissu est-il vraiment efficace ?

On trouve actuellement de nombreux tutoriels pour concevoir des masques de protection « grand public » ou « alternatifs ». Mais est-il vraiment possible de fabriquer un masque en tissu efficace pour se protéger ? Au risque de vous surprendre, ce type de masque ne sera jamais aussi efficace que les masques chirurgicaux ou FFP2. Et ce n’est pas moi qui le dis…

Dans la littérature scientifique il y a très peu d’études sur les masques artisanaux. On est cependant sûr de deux choses :

  • il n’existe pas de preuve scientifique de l’efficacité des masques en tissu
  • les protections faciales qui sont confectionnées à partir de jolis morceaux de tissu ne sont pas équivalentes à celle utilisées en milieu médical comme les masques FFP2 ou les masques chirurgicaux

Masque en tissu efficace : l’avis du Professeur Jean-Christophe Lucet

Ce professionnel de la santé est chef de l’unité de prévention des infections à l’hôpital Bichat-Claude Bernard à Paris.

Le virus n’est jamais tout seul. Il est toujours porté par une gouttelette de salive par exemple. Les caractéristiques du masque tel qu’il est proposé avec un masque de soin, c’est d’avoir un niveau de sécurité élevé. Les masques en tissu, que ce soient des tissus en coton ou bien en non tissé avec des matières synthétiques n’assurent pas le même niveau de caractère antiprojection.

Interview journal « Le Monde »

Le constat est clair. Le manque d’imperméabilité d’un masque en tissu et ses mailles qui ne sont pas assez filtrantes sont de sérieux handicaps. Ces masques alternatifs ne sont en aucun cas des protections suffisamment fiables quand on est en contact avec des malades. Masques fait maison ou fabriqués par les entreprises comme on le voit actuellement.

Un consensus scientifique

Il existe aussi un consensus du côté des médecins et des scientifiques. Ils affirment qu’il est très exagéré de prétendre que l’on est protégé des virus avec une simple protection artisanale comme les masques en tissu.

Alors ce que montre une étude1 qui a été faite par une des équipes qui connaît très bien le sujet, c’est que la protection assurée par un masque de ce type là quand on veut se protéger des projections extérieures, elle n’est pas bonne.

Interview journal « Le Monde »

On estime aussi qu’une personne munie d’un tel masque peut tout de même en contaminer d’autres. En effet, ils ne répondent à aucune norme et ils sont d’une très grande diversité.

Sur ce point, aucune étude ne fait autorité. Néanmoins, les matières utilisées sont moins performantes pour filtrer les projections que celles des masques chirurgicaux.

Etude grippe H1N1

Port du masque pendant la grippe H1N1

Une autre étude2 appuie la précédente. Elle a été réalisée dans le contexte de la grippe H1N1 en 2009/2010. Elle estime qu’un simple torchon ou un simple tee-shirt n’aurait qu’une efficacité réduite pour filtrer les particules les plus fines exhalées par celui qui le porte.

Le masque en tissu : efficace ou inutile ?

Pas totalement. Ils présentent certains avantages estiment une partie des spécialistes.

On peut penser qu’avec ce type de masque là, si on a des symptômes ou non, on va limiter l’excrétion et donc la projection de grosses gouttelettes avec un masque non-tissé. Ce qui limite le risque de contamination des autres personnes.

Interview journal « Le Monde » – Professeur Jean-Christophe Lucet

Le masque artisanal est mieux que rien. C’est donc l’ultime recours pour le grand public en période de pénurie de masques chirurgicaux.

C’est pourquoi l’Académie nationale de médecine recommande3 depuis le 2 avril 2020 l’obligation de se couvrir le visage avec un masque grand public ou masque alternatif en cas de sortie.

L’Académie ajoute que les masques FFP2 ou chirurgicaux doivent être destinés en priorité aux établissements de santé.

Un exemple de recommandation aux États-Unis

Il n’y a pas qu’on France qu’on recommande les masques en tissu ou les masques alternatifs que l’on peut faire soi-même. C’est aussi le cas aux États-Unis4.

Alors quels sont les conseils pour faire un masque artisanal si on le souhaite ?

Faire un masque en tissu le plus efficace possible avec l’AFNOR

Le mieux est de se tourner vers l’Association Française de NORmalisation.

Avec l’aide de 150 experts, l’association a rédigé une série de recommandations et propose des modèles de masques alternatifs en ligne. Parmi les nombreuses recommandations, voici les plus simples.

  • N’achetez pas et ne fabriquez pas des masques avec une couture au milieu. Celle-ci présente un certain nombre de contraintes qui rendent le masque moins efficace. On en voit malheureusement beaucoup. Voici un exemple :
Ce type de masque avec la couture au milieu ne vous permet pas de vous protéger efficacement.
Ce type de masque avec la couture au milieu ne vous permet pas de vous protéger efficacement.
  • Utilisez de préférence du coton. Avec idéalement 3 couches. Mais plus il y a de couches, moins c’est respirable. Il faut donc trouver le bon compromis entre la respirabilité et le nombre de couches.
  • N’utilisez pas de sac aspirateur ou de filtre à café en guise de filtres. Certes, ils filtrent les gouttelettes du virus mais vous inhalez les fibres contenues dans ces matériaux-là !
Mauvais exemple : masque de protection avec un filtre à café
Trouvé dans le journal L’Est Républicain. Très mauvais exemple !
  • Lavez votre masque à 60 degrés pendant 30 minutes au minimum. Et ne le séchez pas à l’air libre mais avec un séchoir à cheveux ou un sèche-linge (⇐ je reviendrai sur ce point dans un autre article).

Ce n’est qu’une petite partie des conseils de l’AFNOR sur le sujet. Pour en savoir plus, je vous invite à lire l’article que j’ai rédigé au début de la création de ce blog. Je maintiens les versions du guide et des patrons à jour.

Recommandations pour le port du masque en tissu.

Ces recommandations sont aussi valables pour les autres types de masques : chirurgicaux ou FFP2.

  • le masque doit toujours couvrir le nez, la bouche et le menton.
Un masque en tissu n'est efficace que si il est bien porté
  • le port du masque ne dispense pas des mesures barrières : distanciation sociale, lavage des mains fréquent.
  • évitez de toucher votre visage quand vous portez votre masque. Il faut le laisser en place et ne jamais le manipuler par l’avant. C’est toujours par l’arrière qu’il faut le retirer car cette partie-là n’est pas contaminée.

Enfin, dès lors qu’un masque est porté, il faut considérer que celui-ci a été potentiellement contaminé. Il ne faut surtout pas le réutiliser. Si c’est un masque à usage unique, il faut le jeter. Si c’est un masque en tissu réutilisable, il faut le mettre à la machine à laver le plus rapidement possible ou à défaut, dans un contenant de préférence hermétique en attendant.

Conclusion

Le masque est tissu procure un minimum d’efficacité à partir du moment où il respecte de nombreux critères référencés et recommandés par l’AFNOR.

Mais son efficacité n’atteindra jamais celle des masques chirurgicaux ou FFP2. Soyez donc vigilant lors de leur conception ou de leur achat.

De votre côté, le saviez-vous ? Doutiez-vous de leur efficacité jusqu’à maintenant ? Cet article vous a-t-il permit d’en savoir plus sur le sujet ? Dites-le moi en commentaires !

Sources :

1 – A cluster randomised trial of cloth masks compared with medical masks in healthcare workers – En anglais.

2 – Simple Respiratory Protection — Evaluation of the Filtration Performance of Cloth Masks and Common Fabric Materials Against 20–1000 nm Size Particles – En anglais.

3 – Communiqué de l’Académie nationale de médecine – 02 avril 2020.

4 – Important Information About Your Cloth Face Coverings – En anglais.

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